Texte intégral
Richard Bergeron 1909 - 2000 "Rentrer chez Dieu Comme on entre chez-soi Au bout de chaque jour, Au bout de nos voyages, Et trouver près de Lui Le repos de son coeur ..." Ce chant de Robert Lebel se chante en moi. Papa, je revois ton dernier regard de lundi après-midi, ton dernier geste (visible à mes yeux de chair) de tendresse, ta joie de me présenter comme ta fille auprès des personnes de la Résidence et de leur dire, avec un sourire coquin, que tu étais plus beau que moi ... J'entends ta voix me dire que tu souhaiterais pouvoir demander pardon pour tout ce que tu n'avais pas bien fait dans ta vie et, vers la fin de notre dernier rendez-vous sur la terre, me redire que j'étais belle (comme pour réparer ta tendre taquinerie) et que tu étais heureux et reconnaissant de ma visite. Oui, papa, ce dernier "merci" accompagné de ton plus beau sourire demeurera à jamais en moi et me parlera sans cesse de la qualité de ton émerveillement et de la grande sensibilité de ton coeur reconnaissant. Papa, j'ai aimé et apprécié grandement ces neuf dernières années passées plus près de toi : d'une part, en toute vérité, j'ai touché à tes pauvretés et, de l'autre, j'ai expérimenté ta grandeur d'âme, ton attrait irrésistible pour la beauté, l'ordre et la propreté aiguë pour ta personne et ton milieu de vie. Ton sens de l'humour était toujours ajusté, empreint d'une intelligence vive et vécu sans prétention. Tu savais t'émerveiller de la beauté autour de toi ... et j'ajouterais, surtout, de la beauté de la femme. Tu aimais aussi te parfumer en abondance pour t'entendre dire (et évidemment par les femmes) que tu "sentais bon". Oui, tu aimais plaire et, partout et en tout, tu cherchais spontanément la beauté, la délicatesse, la musique, la culture. Tu en as lu des livres et des livres de la bibliothèque; tu en as fais, des mots cachés et des mots mystères et ton bonheur était simple et grand quand tu jouais aux cartes et, surtout, quand tu gagnais. Alors, tu redevenais un enfant ... Papa, tu vas me et nous manquer beaucoup. Mais, aujourd'hui, je suis sereine à la pensée que nous ne manquons pas l'occasion de te rendre hommage en célébrant ce que tu as été dans ta pauvreté comme dans ta beauté d'homme, d'époux, de père et de chrétien. Je sens important ce moment privilégié (que j'appelle le "rituel d'adieu" où ta vie se reflète dans toute sa trajectoire, ce précieux temps sans retour possible) pour célébrer ce que tu as été, pour te dire merci de tout ce que tu nous a donné et ainsi te témoigner notre amour. Papa, sois heureux maintenant de ce bonheur que tu as toujours recherché san arrêt tout le long de ta vie ! Entre à plein dans la joie de ta foi en Dieu, ce Dieu-Père qui était ta source, ta lumière et ton soutien. Qu'aujourd'hui, à travers ta mort à tout ce qui est terrestre et passager, nous puissions tous ensemble célébrer la Vie et chacune de nos vies afin qu'elle soit pleine et féconde pour chacun de nous d'abord et pour tous ceux et celles qui nous côtoient et qui ont besoin, plus que jamais, de personnes donnant et donneuses d'espérance. Sois heureux,papa, dans la réalité de ta nouvelle vie vouée à l'adoration de Dieu-Trinité sans plus de limites humaines et, dans ton bonheur en Dieu-Amour, intercède pour chacun et chacune de nous. Continue, par ta nouvelle forme de présence en nous, à nou sourire, à nous regarder, à nous taquiner, à nous encourager, à nous apprendre à ne pas être exigeant, à ne pas nous plaindre pour tout et rien, à savoir dire sans cesse "merci" pour les plus simples gestes de bonté, de présence, d'attention et de délicatesse. Merci, Dieu-Père, de nous avoir donné un tel père qui nous a révélé à sa façon et malgré ses limites un précieux reflet de ta bonté, de ta patience, de ta miséricorde ! Père, Fils et Esprit Saint, merci de l'avoir déjà accueilli dans votre joie, dans votre repos, à la table et à la fête des noces de l'Agneau! Avec tous ceux et celles qu'il a retrouvés dans le Paradis (et j'en nomme quelques uns, Annette, Blanche, Jean-Guy, Yolande, tante Jeannette et oncle Paul, tante Alice et oncle Euclide, sans oublier les grands-parents, les oncles et les tantes, les neveux et les nièces ...) C'est sûrement la fête des retrouvailles dans l'éternité et ça doit "jaser" là et les "instruments de musique divins" doivent les faire chanter et danser comme dans nos belles fêtes de famille élargie "chez mon oncle Paul" quand j'étais plus jeune ... Ici, de la terre, unissons-nousà eux tous et, à notre façon, célébrons la Vie et l'Espérance dans la joie de nous retrouver aujourd'hui entre nous. Dieu-Père, fais-nous nous souvenir, dans les heures de joie comme dans les heures de peine, de ce précieux héritage que papa, que nos grands-parents et nos parents nous ont légué. Merci Dieu-Père et merci papa chéri. Ta fille Huguette.